ALDO ROMANO, JUST JAZZ
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« Just Jazz ». Tel est le beau titre du nouvel album d’Aldo Romano. Il est à l’évidence certifié par l’engagement de toute une vie riche et mouvementé de musicien de jazz. Mais aussi justifié par une fidélité sans faille aux fondamentaux de cette musique et de son histoire. On aurait pu aussi l’appeler le « jazz juste ». Justesse d’âme, justesse de feeling, justesse d’inspiration, tout l’album témoigne en effet de cette qualité rare d’équilibre et d’exactitude.

Pour partager sa musique et jouer ses mélodies insidieuses, comme à son habitude, Aldo Romano a choisi avec soin ses convives. « Jouer avec quelqu’un, avoue-t-il, c’est d’une intimité totale ». L’envie d’un nouvel album est toujours motivée chez lui par des rencontres. Ce sont elles qui lui inspirent les compositions qui, mises bout à bout, deviennent au fil de l’enregistrement ce « recueil de nouvelles » très personnel.

Aldo reprend ici une formule qu’il affectionne : un quartet sans piano ni guitare avec, non pas deux cuivres comme dans « Palatino », mais un saxophone alto et une clarinette, alliage sonore finalement très peu pratiqué.

À l’alto, Géraldine Laurent, la nouvelle merveille du jazz français. À la clarinette, Mauro Negri, un compatriote qu’il a découvert en 1999 grâce aux conseils éclairés d’Enrico Rava. Enfin, il y a Henri Texier, le compagnon de routes le plus ancien. Entre eux deux, la complicité est définitive.

En écoutant ce disque, il faut imaginer Aldo heureux, yeux fermés et sourire aux lèvres. « Longtemps, j’ai été terrorisé quand je jouais sous le regard d’un public. Je me suis défait de cette peur il y a seulement 20 ans. Un jour au Mexique grâce aux conseils d’une femme, j’ai décidé, au lieu de grimacer, de sourire. Depuis je me suis apaisé, mais pas vraiment assagi. Je reste toujours un résistant, mais je ne suis plus un guerrier. Ma sensibilité mélodique a désormais pris le pas sur mes tempêtes émotionnelles intérieures d’antan ». Cela s’entend aujourd’hui dans sa musique magnifiquement épanouie, tout à la fois batailleuse et rêveuse, énergique et nostalgique, toujours jubilatoire.

« Just Jazz »

avec
Henri Texier : contrebasse
Géraldine Laurent : saxophone
Mauro Negri : clarinette

sortie le 19 mai 2008
(Dreyfus/Sony)


« Just Jazz » commence à pas de velours avec « Cité Soleil », une « chanson » qui trotte très vite dans la tête, comme tous les thèmes du disque. Une mélodie qui flotte dans une brume de chaleur, délicieusement rafraîchie par les lignes de basse fluides de Texier et le ruissellement de cymbales de Romano.
Avec un tel environnement, Géraldine Laurent et Mauro Negri peuvent entrelacer en toute liberté leur voix. À chaque fois qu’elle prend la parole, la jeune saxophoniste impressionne par l’incandescence expressive de son jeu jamais excessif, par l’autorité naturelle de sa mise en place. Quant à Mauro Negri, il fait preuve d’une belle véhémence et d’une virtuosité ailée sur un instrument capricieux, si difficile à maîtriser. Toujours inventif et libre, il déploie avec une souplesse rythmique très féline toutes les richesses de la tessiture de sa clarinette. À preuve, sa magnifique exposition de « Black and Blue » de Fats Waller.

Avec de tels compagnons, le voyage « romanesque » peut commencer, susciter ses surprises et délivrer ses enchantements. On glisse, au fil des plages, de tempo festifs et enjoués à des atmosphères plus câlines et latines.
Dès la première écoute, cet album frappe par son allant dansant et son allure lyrique. Il y plane un air de liberté et de sincérité qui ne trompe pas. Du jazz, rien que du jazz. « Just jazz ».

 

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