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C'est une invitation. Sans chichi, mais
entre amis. Pour un de ces moments précieux où se racontent
des histoires, des souvenirs, des avenirs. Où les enfants du jazz,
de la pop et des chansons d'ici sortent naturellement les guitares pour
mettre un peu d'art dans la bande son.
Sympa. Exceptionnel quand deux de ces "grands enfants", ils
le disent eux-mêmes, sont parmi les plus respectés de leur
génération. Sylvain Luc et Biréli Lagrène
ont fait partager à quelques privilégiés leur lumineuse
rencontre sur scène, ils nous invitent à la prolonger avec
un album, Duet.
Leur CV est plus long que des remerciements le soir des "Victoires
de la Musique", leur envie plus directe. "Nous n'avons rien
à prouver", expliquent-ils. Et pour cause, de Jaco Pastorius
à Stéphane Grappelli, de Gil Evans à Larry Coryell,
de Didier Lockwood à Vicente Amigo, Biréli Lagrène
a enregistré ou tourné avec une bonne partie des stars de
la planète. Sylvain Luc est lui aussi un abonné de la classe
prestige, entendu et approuvé par Catherine Lara, Al Jarreau, Michel
Legrand, Steve Lukather, Michel Jonasz, Lokua Kanza ou autre André
Ceccarelli.
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(Dreyfus Jazz) / Janvier 2000
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D'albums solo en jam insensées (ceux qui ont vu Biréli
jouer country avec Charlie McCoy ou Sylvain métamorphoser Au clair
de la lune en restent incrédules) les deux guitaristes rallient
musiciens admiratifs et public réceptif.
Étourdissants, étincelants,
ces improvisateurs hors pair devaient normalement se rencontrer. Un coup
de téléphone à la suite d'un article où l'un
parlait de l'autre, une longue discussion, des invitations à se
rejoindre en concert. Le duo explore sur scène ses affinités,
correspondances et contrastes entre racines manouche et basque. Entre
jazz différent et culture commune. De fous rires en étonnements,
de soirées en clubs, d'un plan Django à un trait classique
naît la cohésion et l'envie de cet album à deux. Forcément.
Forcément différent "On ne voulait pas faire un disque
de guitaristes, seulement d'amoureux de musique", disent ces amoureux
du bien public. "Ne pas se contenter de jouer des standards du jazz,
mais chercher un répertoire commun en relation avec nos vies et
nos histoires."
Un répertoire qu'ils trouvent dans leur éclectisme et notre
mémoire collective. Cindy Lauper (Time after time), Django Reinhardt
(Douce ambiance), Stevie Wonder (Isn't she lovely), Benny Goodman (Stompin'
at the Savoy), Henri Salvador (Syracuse), Brassens (Les amoureux des bancs
publics), les Beatles (Blackbird), Michel Petrucciani (Looking up) ou
l'indélébile Ballade irlandaise chantée par Bourvil...
Double jeu pour double je. Il y a du face à face, de la bravache
de virtuoses habités, "Réponds-moi si tu peux",
du côte à côte "Je te soutiens, tu m'assures",
du pousse à l'inspiration "Encore plus haut", des alliances
instantanées et des duels foudroyants. Duet, l'album improvisé
en trois jours de studio porte bien son nom. "C'est un plaisir extrêmement
rare, possible uniquement avec une grande écoute mutuelle et une
confiance en béton", racontent-ils. On les comprend. Liberté
et espace, la formule du duo offre à Biréli Lagrène
et Sylvain Luc le territoire idéal de leur transcendance de la
guitare. Subtilités harmoniques, raffinements rythmiques, les voicings
s'étendent au-delà du réel, croisement de percussions,
de lignes de basses, de mélodies en accords, de chorus ping pong.
Renversant. Attachant surtout. A coup de griffes et de plans séduction,
de tensions et de relâchements, les deux complices insufflent les
bouffées de plaisir dans les reprises ou leurs propres compositions.
Un plaisir de musiciens que les autres appelleront musicalité.
Alors, cette invitation ?
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