| Il est peu de disques aussi
troublants que celui-ci.
On savait, depuis longtemps, que Biréli Lagrène
n'en avait pas fini avec Django, mais force est de constater, de Blues
clair à Daphné, que le Django de Biréli, comme on
pouvait s'y attendre, n'est pas le Django le plus fréquenté.
C'est d'abord, essentiellement, un Django d'après 1940, avec une
prédilection pour les années 46-47, que le leader affectionne
particulièrement. Ainsi Coquette, Belleville et Embraceable You
renvoient-ils aux fameuses séances londoniennes du quintette à
cordes d'après-guerre.
Cependant, Biréli
met souvent un point d'honneur à se démarquer complètement
du chorus des versions originales, avec des traits indiscutablement signés
"Biréli 2001". C'est vrai du très attendu Si tu
savais, de Georges Ulmer, dont les talents de guitariste n'étaient
sans doute pas étrangers à la beauté de la mélodie
qui avait inspiré Django en 1947. Terrain piégé et
exercice de style très "casse-cou", à travers
lequel Biréli tire remarquablement son épingle du jeu. C'est
vrai d'ailleurs des ballades en général. Ainsi du Seul ce
soir popularisé par Léo Marjane, que Django avait interprété
en 1942 avec le grand orchestre de Fud Candrix, dont le thème donne
lieu ici à une superbe réexposition avec contrechant de
violon. 
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Biréli Lagrène - guitare
Holzmano Lagrène - guitare
Hono Winterstein - guitare
Diego Imbert - contrebasse
Florin Niculescu - violon
guest : Richard Galliano - accordéon (sur l'album)
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Car il faut dire que le guitariste est entouré d'une
équipe de choc, sans laquelle une telle musique n'eût pas
été (à nouveau) possible : Florin Niculescu
au violon, Holzmano et Hono Winterstein aux guitares rythmiques, et le
fidèle Diego Imbert à la contrebasse. Autre trouvaille,
le Daphné de 1940, interprété à l'origine
en compagnie de l'accordéoniste Gus Viseur, qui justifie totalement
ici l'intervention en guest de Richard Galliano, avec lequel Biréli
échange des 4/4 qui risquent d'en faire pâlir plus d'un!
Dans La Mer, qui, comme les versions de Swing 42 et de What Is This Thing
Called Love (avec reprise de la première phrase de Hot House, de
Tadd Dameron, qu'interprétait dans ces années-là
le tandem Parker-Gillespie), renvoie aux ultimes séances de 1949
d'un autre tandem, celui que formaient pour la dernière fois, à
Rome, Reinhardt et Grappelli - dans La Mer donc, dont la mélodie
doit beaucoup, dit-on, à Joseph Reinhardt, alors guitariste de
Charles Trenet, le chorus de Biréli fait entendre à plusieurs
reprises (histoire de tempo? interférences de la mémoire
ou affinités du souvenir?) des réminiscences d'une autre
ballade distinguée par Django, le très beau Louise. On réservera
une place particulière, pour finir, à Vous et moi, dont
le choix, dans ce portrait-hommage (image) de Django, n'est certainement
pas innocent. Il s'agit d'un des très rares morceaux (enregistrés
à Bruxelles en 1942) où l'on peut entendre Django au violon.
Quand on connaît la passion de Biréli pour cet instrument,
il ne peut s'agir d'une simple coïncidence. Toute la poésie
de l'interprétation reinhardtienne est peut-être alors transposée
dans cette introduction de guitare, qui fait la saveur du Biréli
d'aujourd'hui.
En se rappelant à nous (et en nous rappelant à
lui) par cette proposition audacieuse, presque folle, Biréli Lagrène
a répondu à sa façon, c'est-à-dire comme il
pouvait seul se le permettre, à l'éternelle question des
guitaristes : celle de l'éternel retour de Django.
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