BIRÉLI LAGRÈNE
DJANGO D'OR - VICTOIRES DU JAZZ 2002 : Musicien français jazz de l'année et prix du public pour son album GIPSY PROJECT
Il est peu de disques aussi troublants que celui-ci.

On savait, depuis longtemps, que Biréli Lagrène n'en avait pas fini avec Django, mais force est de constater, de Blues clair à Daphné, que le Django de Biréli, comme on pouvait s'y attendre, n'est pas le Django le plus fréquenté. C'est d'abord, essentiellement, un Django d'après 1940, avec une prédilection pour les années 46-47, que le leader affectionne particulièrement. Ainsi Coquette, Belleville et Embraceable You renvoient-ils aux fameuses séances londoniennes du quintette à cordes d'après-guerre.

Cependant, Biréli met souvent un point d'honneur à se démarquer complètement du chorus des versions originales, avec des traits indiscutablement signés "Biréli 2001". C'est vrai du très attendu Si tu savais, de Georges Ulmer, dont les talents de guitariste n'étaient sans doute pas étrangers à la beauté de la mélodie qui avait inspiré Django en 1947. Terrain piégé et exercice de style très "casse-cou", à travers lequel Biréli tire remarquablement son épingle du jeu. C'est vrai d'ailleurs des ballades en général. Ainsi du Seul ce soir popularisé par Léo Marjane, que Django avait interprété en 1942 avec le grand orchestre de Fud Candrix, dont le thème donne lieu ici à une superbe réexposition avec contrechant de violon.


Biréli Lagrène - guitare
Holzmano Lagrène - guitare
Hono Winterstein - guitare
Diego Imbert - contrebasse
Florin Niculescu - violon
guest : Richard Galliano - accordéon (sur l'album)

Car il faut dire que le guitariste est entouré d'une équipe de choc, sans laquelle une telle musique n'eût pas été (à nouveau) possible : Florin Niculescu au violon, Holzmano et Hono Winterstein aux guitares rythmiques, et le fidèle Diego Imbert à la contrebasse. Autre trouvaille, le Daphné de 1940, interprété à l'origine en compagnie de l'accordéoniste Gus Viseur, qui justifie totalement ici l'intervention en guest de Richard Galliano, avec lequel Biréli échange des 4/4 qui risquent d'en faire pâlir plus d'un! Dans La Mer, qui, comme les versions de Swing 42 et de What Is This Thing Called Love (avec reprise de la première phrase de Hot House, de Tadd Dameron, qu'interprétait dans ces années-là le tandem Parker-Gillespie), renvoie aux ultimes séances de 1949 d'un autre tandem, celui que formaient pour la dernière fois, à Rome, Reinhardt et Grappelli - dans La Mer donc, dont la mélodie doit beaucoup, dit-on, à Joseph Reinhardt, alors guitariste de Charles Trenet, le chorus de Biréli fait entendre à plusieurs reprises (histoire de tempo? interférences de la mémoire ou affinités du souvenir?) des réminiscences d'une autre ballade distinguée par Django, le très beau Louise. On réservera une place particulière, pour finir, à Vous et moi, dont le choix, dans ce portrait-hommage (image) de Django, n'est certainement pas innocent. Il s'agit d'un des très rares morceaux (enregistrés à Bruxelles en 1942) où l'on peut entendre Django au violon. Quand on connaît la passion de Biréli pour cet instrument, il ne peut s'agir d'une simple coïncidence. Toute la poésie de l'interprétation reinhardtienne est peut-être alors transposée dans cette introduction de guitare, qui fait la saveur du Biréli d'aujourd'hui.

En se rappelant à nous (et en nous rappelant à lui) par cette proposition audacieuse, presque folle, Biréli Lagrène a répondu à sa façon, c'est-à-dire comme il pouvait seul se le permettre, à l'éternelle question des guitaristes : celle de l'éternel retour de Django.

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