JOHN McLAUGHLIN - INDUSTRIAL ZEN

Fusion ? Jazz-rock ? Après des années de purgatoire, les innombrables formes musicales réunies pêle-mêle dans ces sous-ensembles flous, connaissent ces derniers temps un regain d’intérêt, comme ressuscités soudain au regard neuf que pose sur ces incroyables hybridations surgies au tournant des années 70 une nouvelle vague électro mâtinée de world music, pointant là la matrice de ses désirs de métissage généralisé.

Est-ce pour cette raison que la musique universaliste et syncrétique offerte par John Mc Laughin dans ce nouveau disque, « Industrial Zen », n’a jamais semblé aussi actuelle ?

En partie, oui. Car depuis son surgissement éblouissant sur le devant de la scène jazz-rock expérimentale, guitar-hero sous influence hendrixienne des orchestres mutants de Miles Davis (Bitches Brew, On the Corner…) ou du Lifetime de Tony Williams, puis initiateur, concepteur et leader du mythique Mahavishnu Orchestra, groupe précurseur s’il en est d’un art authentiquement en fusion — John Mc Laughlin, quelque métamorphose qu’ait connu au fil du temps son univers, n’a fondamentalement jamais cessé de tracer une route singulière d’une grande cohérence esthétique, plaçant constamment sa musique sous le signe de la virtuosité, de la beauté et de la spiritualité. Dans le mouvement cyclique des modes et des tendances, ces valeurs intemporelles, un temps méprisées, retrouvent indéniablement aujourd’hui toute leur pertinence.
Mais il est non moins vrai qu’occupé ces dernières années, dans un mouvement plus introspectif qu’expérimental, à ressusciter sa passion pour la musique indienne ave son groupe Remember Shakti (The Believer) ou à explorer quelques formules plus classiques dans une esthétique post-bop parfaitement assumée (Thieves & Poets), Mc Laughlin renoue clairement ici avec l’énergie, la fougue et la sophistication formelle des meilleurs enregistrements du Mahavishnu Orchestra — cet orchestre matrice qui depuis sa création en 1973 ne cesse de hanter le guitariste britannique et de resurgir par à-coups dans sa musique, en régénérant chaque fois et l’esprit et à la forme.

Nouvelle incarnation splendide de cet « éternel retour » vivifiant, « Industrial Zen » non seulement synthétise et résume trente années d’expérimentations fusionnelles (du rock au jazz à la musique indienne) , portant cette esthétique syncrétique à un degré d’intensité et de perfection formelle rarement atteint — mais surtout ouvre sur l’avenir, projetant indéniablement les valeurs d’ouvertures, de métissage et de spiritualité universaliste qui sont le substrat de l’art du guitariste dans le magma informel des musiques nouvelles.
Entouré de musiciens d’exception, certains habitués à son univers comme le bassiste Matthew Garrison et le batteur Dennis Chambers (tous deux présents sur le dernier album en date de Mc Laughin résolument jazz rock, The Heart of Things, paru en 1997) ou encore le saxophoniste Bill Evans et le percussionniste Zakir Hussain ; d’autres àl’inverse nouveaux venus (comme le batteur et claviériste Gary Husband, partenaire du guitariste Allan Holdsworth, dont les grooves et les textures sonores orientent très sensiblement le son d’ensemble de l’album), Mc Laughlin invente une musique à la fois hautement sophistiquée et évidente, d’une richesse rythmique confondante et d’une grande puissance émotionnelle.

Alors oui (Jazz rock ? Fusion ?), pas de doute : John Mc Laughlin avec « Industrial Zen » est de retour au cœur le plus vibrant de notre modernité.
Mais (entre nous…) — en a-t-il été un jour autrement ?

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